Le Collège Poudlard

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 Autour d'un café.

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La Narratrice
~ Voix-off de Poudlard ~

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Né(e) le : 27/11/1979
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Où à Poudlard ? : Partout et Nulle part

Rang & Club : Voix Off ~ Porte parole de la Direction

Caractéristiques
Compétence: Niveau 9
Particularité: Immatérielle
Baguette: Je n'en ai nullement besoin...

MessageSujet: Autour d'un café.   Jeu 26 Juin 2014 - 14:02

Début d'après-midi en cette fin d'été de mi-septembre. Une arrière-saison ensoleillée et douce se préparait promettant un début d'automne agréable. Dans le quartier des docs, Jazz déposa le café sur le comptoir de son bar, face à son visiteur et le jaugea quelques secondes d'un œil critique.

"Si je puis me permettre, mon ami, tu tires une tronche pas possible. Tu vas finir par nous faire un ulcère."

Mia, sa moitié, renchérit.

"Tu es inquiet et nerveux."

Ce n'était pas une question mais bien une constatation alors qu'elle fixait les doigts de son vis-à-vis pianoter énergiquement le bois laqué. Dray, perdu dans des pensées qui n'étaient en effet pas bien gaies, leva le nez, vit Mia regarder sa main, prit conscience de son geste et le stoppa net. Il se força à sourire pour rassurer le couple.

"J'ai un rendez-vous tout à l'heure qui m'angoisse mais ce n'est rien. Juste un mauvais moment à passer." expliqua-t-il en se saisissant du breuvage amer. Jazz et Mia se regardèrent du coin de l'œil. Tu creuses ou je m'en charge ? Ils convinrent que la brunette était la plus apte à ce rôle.

"Un rendez-vous pour tes affaires ou personnel ?"

Dray soupira par anxiété et par déprime.

"Un peu des deux… En fait, c'est en rapport avec mon père et ses différents avec ceux dont je vous ai vite fait parlé."

Le couple fronça les sourcils avec inquiétude.

"Des types dangereux et on ne devrait pas s'inquiéter ? Tu te fiches de nous, là, Fox !" reprit d'ailleurs la motarde avec un agacement mal dissimulé.

Le jeune homme d'affaires se la joua faraud comme à son habitude quand il était en mauvaise posture.

"Ce n'est que du business, dans un lieu public, et sous protection. Il n'y a rien à craindre."

Mais Jazz ne l'entendit pas de cette oreille.

"Si c'est sans risque, qu'est-ce qui te bouffe autant ?"

"La manière utilisée pour l'avoir et le résultat indécis." murmura le New-yorkais en abandonnant sa nonchalance fabriquée pour plus d'honnêteté dans l'expression de ses sentiments. Il laissait passer en cet instant autant de remords que de soucis. Le propriétaire du garage s'apprêta à demander encore davantage de détails mais il fut interrompu par l'entrée dans le bar de d'autres motards. Le reste de leur bande d'allumés avait décidé de squatter là, visiblement, et quand ils virent l'aventurier, ils le mirent en boîte, bien décidés à lui reprocher gentiment ses visites et participations à leurs raids trop rares.

"Tiens, un revenant ! T'es vivant Fox ?"

"Francky…" l'admonesta Mia, seule personne de la pièce à savoir pour l'avoir lu dans la presse, au début du mois d'août, que leur camarade venait de mettre les deux pieds dans le plat avec un remarquable manque de tact. On ne pouvait pas taper mieux dans le mille que ça.

"Non, laisse Mia. Il a raison. Je me fais rare dans le secteur. Je deviens trop sage." plaisanta Dray ou du moins le joua-t-il. Le dit Francky, caricature vivante du rider, bandana sur un crâne rasé, tatouages et blouson de cuir, sourit à l'Américain pas rancunier.

"Si tu continues à trop l'être, je vais te sucrer tes records de vitesse."

"Dans tes rêves." répliqua aussitôt le New-yorker, narquois et provocateur. Des ricanements complices suivirent cet échange habituel.

"Sérieusement, qu'est ce que tu fous là ? Pas souvent qu'on te voit dans le coin en semaine et sappé comme Al Pacino, dans le Parrain." remarqua finalement un autre, un petit  asiatique, en s'asseyant sur le tabouret voisin.

"Jazz, de la bière pour tout le monde, c'est ma tournée !" demanda-t-il au passage.

"T'as braqué une vieille ou visité une baraque ?" détourna Fox en s'allumant une cigarette, habilement coincée entre ses dents.

"Non, Môssieur ! J'ai trouvé du travail, Môssieur ! Une place de carrossier. Et pas dans le vol de voitures, je te vois venir."

Dray sourit, amusé que celui qui s'appelait Lee, lui coupe ainsi l'herbe sous le pied. C'était en effet sa répartie suivante.

"Content que tu te sois rangé." finit-il par dire, sincère. L'asiatique sourit à son tour.

"Pas trop eu le choix, mon agent de probation m'a botté le cul."

"Et il a eu raison." intervint Mia avec autorité en déposant une chope, face à lui. Chacun avait pris sa place dans le bar pendant ce court échange et déjà, certains sortaient le matos pour se rouler autre chose que des cigarettes. Lee, lui, revint vite fait à Dray.

"Alors, t'as pas répondu. Qu'est-ce que tu fais là et en plus pourquoi tu fais une tête à vendre des fleurs ? On croirait un gardien de prison."

Fox leva les yeux au ciel. Il ironisa :

"Décidemment…Jazz, Mia, toi… Ma tête est très bien, comme d'habitude, non mais oh. Enfin pour répondre à ta question, je ne savais pas que vouloir se détendre en voyant des potes devait faire la une."

"Si tu veux te détendre, on a ce qu'il faut !" intervint un troisième larron.

Dray ne répondit rien. Il se plongea par contre dans sa tasse de café comme si elle allait lui révéler un secret d'importance, soudain plus tendu, alors que l'odeur caractéristique de l'herbe se fit sentir, enivrante. Mia remarqua son trouble.

"Quelque chose ne va pas ? "

Si quelque chose n'allait pas ? Sincèrement, il y en avait plusieurs. Et la première était ce joint que lui tendait son nouveau voisin.

"Allez Fox, t'es vraiment coincé aujourd'hui ! Et je connais rien de tel pour faire s'envoler les problèmes. Ça va te faire du bien, mon pote !"

*Essaie l'hero... * pensa amèrement le New-yorkais qui respira à pleins poumons les effluves de marijuana. Ca faisait un bail qu'il n'avait pas senti cette odeur et il se surprit à penser que ca lui avait  manqué. L'angoisse lui tordait les tripes depuis trop longtemps... Des jours... Des semaines même... Un soulagement, quel qu'il soit, lui serait bénéfique... Surtout avec ce qu'il allait affronter d'ici peu... Quelques tafs... Le visage fermé, l'Américain se saisit de la roulée quand son comparse la lui retendit légèrement pour l'encourager. Jazz, occupé à servir les bières, observait toutefois la scène du coin de l'œil et tiqua. Mia fronça les sourcils. Quelque chose n'allait pas... Un truc de dérangeant dans la gestuelle de leur ami. Un mélange d'hésitation crispée et de mélancolie résignée, un regard trop sombre et à la lueur brûlante de la tentation dangereuse et d'un combat intérieur. Cela laissa au couple une sale impression et cela ne s'arrangea pas quand l'aventurier joua un instant avec la cigarette incandescente entre ses doigts. Quelques tafs, ce n'était rien dans le fond. Juste un tout petit moment pour garder la tête hors de l'eau... Le silence et l'attente autour du pétard devint pesante. Mais l'objet illicite fut finalement passé à Lee.

"Non merci…" ajouta l'Américain à son geste, à regret cela ne faisait aucun doute. Très nerveux, il posa, en se levant, un billet à la valeur bien plus élevée que le prix de son café, sur le comptoir. Il fallait qu'il sorte et vite… Il salua sans détour la "digne" assemblée…

"Je dois y aller. Merci pour le café, t'emmerde pas avec la monnaie, Mia. Bye, Bro' [Brothers, argot américain] !"

La jeune femme interpellée, considérant les yeux ronds le billet, et son compagnon furent surpris d'un tel départ précipité alors que la bande répondait à son salut en se plaignant pour la plupart du trop peu de temps de présence de l'Américain.

"Désolé, j'ai un rendez-vous aussi chiant qu'important. Je passerai samedi, à la course."

"Tu participes ?"

"… On verra…"

Il avait promis que ces conneries-là, c'était terminé… Mais cette fois, c'était une course sur circuit, tout ce qu'il y avait de légal et sécurisé… La vitesse et le sport lui manquaient… Il allait y réfléchir… Mais déjà, le New-yorker était presque à la porte. Jazz le rejoignit.

"Ton rendez-vous n'est que dans plus d'une heure…" remarqua le propriétaire du garage, pas dupe.

"Je peux pas rester, Jazz… " répondit simplement Fox en ne pouvant pas s'empêcher de parcourir des yeux  la salle et ses occupants, et surtout ce qu'ils partageaient, très mal à l'aise. L'Anglais aurait même dit perdu. Il suivit son regard et pas bête, il prit conscience du problème. Ce n'était pas la première fois que la bande fumait en présence de l'Américain, et maintenant qu'il y pensait sérieusement, toujours il s'était éloigné, parfois de quelques mètres seulement quand ils étaient à l'air libre, ou carrément partait, comme à l'instant. Pour une raison x ou y, sans avoir jamais fait preuve de rejet moralisateur, son ami ne tenait pas non plus à être en contact avec ce que consommaient quelques uns de la bande alors que cette fois, il avait bien vu qu'en fait, ça le tentait très sérieusement. Jazz pensa saisir une bonne partie de ce que ça impliquait et s'il fut surpris de sa découverte, il eut le bon goût de ne pas le montrer et il respecta ça.

"Ok, mon pote. Je comprends." répondit-il aussi simplement que sérieusement et avec considération, en posant une main confiante sur l'épaule de Dray. L'aventurier ne répondit rien et ne laissa pas le contact se prolonger plus d'une seconde. Sa fuite ouverte, yeux baissés, attrista un peu le motard mais tout en resta là. Il raccompagna simplement son visiteur à l'extérieur du garage.

"Passe-nous un coup de fil après ton rendez-vous, tu veux ? On serait rassurés." remarqua finalement Jazz, sans rien cacher de son inquiétude. Enfin, Dray esquissa un sourire.

"Promis."

Le propriétaire des lieux, rassuré, retourna à l'intérieur. Aussitôt un homme vint à la rencontre du fuyard. Aussi grand que Fox, baraqué, brun, chevelure abondante mais où on percevait les restants d'une coupe militaire sur un haut front, yeux chocolat, mâchoire carrée, une barbe de deux ou trois jours, habillé plutôt passe partout, des docks martins, un jean noir et une simple chemise marron, mais une attitude martiale. Plutôt séduisant. Et un accent australien reconnaissable.

"Rien à signaler, Monsieur. Où désirez-vous aller ?"

Dray fixa un instant ce nouveau venu en soupirant, pas franchement ravi de l'avoir sous le nez mais se faisant clairement une raison.

"Aucune idée, M. Manning…"

L'homme haussa un sourcil intrigué autant devant cette réponse que devant l'attitude réfractaire mais très habituelle de celui qui l'employait. Les choses avaient été claires depuis le départ. Depuis environ un mois, M. Fox les engageait, lui et son équipe, pour sa protection mais pas de gaieté de cœur. Et ça, le dit M. Manning avait du mal à saisir pourquoi alors qu'il s'était révélé que ce n'était pas un luxe, malgré le statut social indécent de son client. Ils avaient essuyé deux attentats depuis le début du contrat. Comme Dorian ou son père d'ailleurs… Dray fut d'ailleurs le premier surpris de cette accélération. Depuis Hyde Park, leurs adversaires étaient apparemment décidés à ne plus tourner autour du pot et à régler, une bonne fois pour toutes, le problème. On avait, semble-t-il, pas apprécié qu'il s'en sorte…

"L'équipe a fini de tout mettre en place." précisa-t-il finalement le garde du corps. Fox se contenta d'hocher légèrement la tête en se mettant en marche pour nulle part de précis, suivi de son nouveau compagnon de route qui, devant ce silence et cette errance, ne put faire autrement que réfléchir sur son cas.

C'était décidément un client bien étrange que ce Fox. Déjà, il savait se défendre, ils en avaient eu la démonstration et les termes du contrat avaient laissé l'équipe de mercenaires qu'ils étaient quelque peu surpris, ce qui n'était pas évident de faire dans leur métier. La protection ne devait se faire qu'en dehors du collège de magie, de la maison du client et de la tour de sa société. Elle se devait d'être la plus discrète possible, voir secrète, surtout si l'Américain était accompagné d'un de ses proches. Ils devaient être des fantômes… Et si jamais quelque chose devait se passer, ils ne devaient pas protéger en priorité leur client, non, mais les dits proches. Pas de questions et si Fox décidait quelque chose, ils devaient obéir sans discuter, même si cela allait à l'encontre de sa sécurité. Encore que là-dessus, il était plutôt raisonnable, si on ne comptait pas ses virées régulières avec Parker… Enfin, pour toutes ces conditions, ils étaient payés à prix d'or alors ils n'allaient pas se plaindre de ces extravagances.

Cela n'empêchait toutefois pas d'être curieux…

"Je peux vous poser une question, Monsieur ?"

Dray tourna la tête vers l'Australien, le regard ouvert interrogateur, donnant par là la permission de la poser, cette question.

"Pourquoi nous avoir engagés si vous êtes contre le principe d'être protégé alors que c'est nécessaire ? Et pourquoi faire appel à nous ?"

Fox, faussement nonchalant, reporta son attention face à lui, pas décidé à offrir de réponse. Cela fit sourire malicieusement Manning.

"Je sais, ça fait deux questions en fait."

L'homme de main réussit cette fois à tirer un sourire amusé au plus jeune. Et une réponse. Enfin une réponse, c'était vite dit…

"A votre avis ?"

Le sourire de l'Australien s'agrandit. Il aimait l'attitude souvent joueuse et hâbleuse de son vis-à-vis même s'il avait rapidement compris qu'elle n'était surtout qu'un écran de fumée qui dissimulait ses réels sentiments. Comme ce stress qui, à l'instant, faisait pianoter rapidement les doigts du jeune homme sur la pulpe de son pouce…

"Vous tenez à rester libre de vos mouvements sans comptes à rendre et vous ne voulez pas que les Aurors mettent le nez dans vos affaires, j'en déduis donc qu'elles ne sont pas légales. Et vous vous protégez pour protéger vos proches." répliqua Manning, sûr de lui. Là-dessus, iI ne fut pas mécontent en voyant le masque de Dray s'envoler. Le jeune homme le regarda presque froidement et rétorqua :

"Pourquoi poser la question si vous connaissez la réponse ?"

"Parce qu'il aurait été plus instructif de l'entendre de vous." répondit le mercenaire sans se laisser impressionner en allant jusqu'à continuer à sourire, presque moqueur. Plissement de yeux mauvais de la part du New-yorker.

"Ne me profilez pas, Manning…"

"Vous êtes pourtant un sujet non dénué d'intérêt."

Le ton charmeur qu'utilisa soudain l'Australien, en se penchant subrepticement vers lui jusqu'à son oreille, toujours souriant, déstabilisa sensiblement l'Américain. Il n'apprécia guère de ressentir soudain cette émotion gênée, malvenue, ce besoin de le repousser, non par rejet mais bien par prudence, témoin que l'homme ne le laissait pas aussi indifférent qu'il le voudrait, et surtout de s'être fait ainsi piégé. C'était la deuxième fois… Il recula, agacé.

"Pas de ça ! Pour votre intérêt financier, ne me faites pas regretter de vous avoir engagé. Il n'y aura pas de troisième avertissement."

Manning, pleinement satisfait du trouble qu'il venait d'observer, rit en se redressant.

"Pardon. Je voulais juste vous tester. J'aime à connaître la réelle personnalité de ceux pour qui je travaille. Et je suis taquin, c'est plus fort que moi."

Fox ne répondit rien mais il était évident qu'il était particulièrement contrarié. Il reprit sa marche avec une toute nouvelle énergie.

"Promis, je ne recommencerai pas." signala le mercenaire, une main à l'arrière du crâne, avec une petite moue désolée plutôt mignonne, comme un gamin en fait.

"Restez à votre place, Bobby, ça vaudra mieux…" répliqua froidement l'Américain sans un regard de plus, même si l'usage du prénom du mercenaire adoucit un peu la dureté des mots employés. Le dit Bobby soupira.

"Djenesa n'exagérait pas, vous êtes plutôt du genre intransigeant…"

Dray s'arrêta net, surpris à cette déclaration. Lui, intransigeant ? C'était bien le dernier des qualificatifs qu'il se serait attribué, surtout avec son passé. Et il ne s'était pas attendu non plus à ce qu'il vienne de son amie, elle qui les avait mis en contact quand il lui exprima son besoin d'avoir "sa garde personnelle"… Il fixa à nouveau Manning, cette fois sans aucune animosité mais bien ouvertement étonné. L'Australien se contenta de l'observer en retour, avec une certaine douceur tranquille dans le regard. Cela poussa le jeune homme à faire un rapide feedback. Quelques minutes de réflexion pour admettre la véracité du mot. Il murmura finalement, les yeux dans la vague, presque douloureusement :

"On m'a forcé à le devenir…"

"Votre père ?" demanda Bobby, avec autant de curiosité que de sollicitude, désireux d'en savoir plus sur le jeune homme d'affaires qu'il côtoyait depuis un mois à présent.

"La vie, en général." rétorqua ce dernier avec un sourire désabusé. Il conclut, sarcastique :

"Enfin, j'ose espérer que je ne suis pas encore despotique."

Bobby apprécia l'humour de la déclaration mais répondit le plus sérieusement du monde.

"Non, honnête, simplement."

Dray ricana cette fois.

"Honnête, moi ? Dites ça à Black."

Manning répliqua du tac au tac :

"Dites sincèrement que vous ne regrettez pas !"

Fox baissa la tête, pris en faute. Non, il ne pouvait pas...

"C'est bien ce que je disais." conclut l'Australien en toute simplicité.

Black… Les fameux remords qu'il avait exprimés un peu plus tôt devant Jazz et Mia, c'était par rapport à la détective. Ce qu'il lui avait fait n'était rien de plus qu'une trahison, envers elle mais aussi envers d'autres. Et il avait beau se dire que nécessité faisait loi, il n'arrivait pas à se détacher de ce sentiment désagréable de culpabilité…

Quinze jours auparavant, la belle et lui s'étaient donné rendez-vous à l'Epouvantard pour faire le bilan de sa nouvelle enquête. Et ce n'était pas de bonnes nouvelles…

"Je n'ai rien trouvé sur un dénommé Strange. Tu es sûr du nom parce que c'est à croire qu'il n'a jamais existé. En tout cas, pas depuis cet adolescent de quinze ans, mort il y a presque trente ans."

C'était aussi simple que ça. Et alors que Maria le regardait avec détermination, Dray eut bien du mal à cacher sa déception et son inquiétude alors qu'encore une fois, il repensait à tout ce qui s'était passé le soir de l'attaque d'Hyde Park et les jours qui avaient suivi.

"Certain…"

Black l'observa, soucieuse, porter inconsciemment sa main, là où il avait été blessé alors qu'une légère lueur de douleur passait dans ses yeux sur cette déclaration.

"Alors cet homme vit aujourd'hui sous un autre nom. " conclut finalement la jeune femme en préférant faire mine de n'avoir rien vu.

"Qu'est ce que tu as sur l'adolescent ?" demanda l'Américain en revenant sur terre. La détective sourit, visiblement satisfaite que son ami pose cette question.

"Pas grand-chose ou presque. Benedict Strange était de Serpentard, élève moyen mais charmeur. On a retrouvé son cadavre, noyé, mutilé et défiguré, à moitié dévoré, dans les marais qu'il y avait derrière chez lui, le 17 juillet 1986. Les autorités ont pensé à une attaque de Pitiponk…"

"On est sûrs que c'était lui ? Pas de disparition mystérieuse en même temps ?"

Le sourire de Maria s'agrandit, d'un air entendu, alors que Dray, lui, ne se montrait guère convaincu par l'histoire. Elle le reconnaissait bien là.

"Non, rien à signaler. Pas dans la région en tout cas. Et son père, son seul parent, a reconnu le corps grâce à une cicatrice, comme je cite, celui de "ce bon à rien, bon débarras"…"

Fox grimaça à ces mots, amer, alors que la détective, pas surprise parce qu'ayant eu la même réaction en interrogeant l'Auror qui le lui avait raconté, poursuivit.

"Et là ça va te plaire… L'enquête a été close mais étrangement quelques semaines plus tard, ce dernier a été condamné à Askaban à perpétuité pour le meurtre de sa maîtresse volage. Lacérée, égorgée suivi du festin de son cœur poêlé. Il se suicida dans sa cellule quelque temps après."

L'Américain écarquilla les yeux, écœuré.

"J'ai bien compris ce que tu viens de dire ? Il lui a bouffé le cœur ?"

Maria acquiesça en toute simplicité.

"Hum hum… Cuisiné aux petits oignons et avec quelques échalotes. Et ce n'est pas une image, on en a retrouvé des restes dans une assiette sale et la gamelle du clebs et du vomi dans l'évier, alors que les Aurors lui passaient les menottes. Ils l'ont trouvé couvert de sang, assis dans son fauteuil, le cadavre en train de se décomposer depuis trois jours, enchaîné dans un placard de deux mètres sur trois. Le rapport démontre qu'apparemment, Benedict y avait passé du temps dans ce trou… Et attends la suite, tu vas adorer. En guise de système de défense durant son procès, il affirma que son fils l'y avait obligé. Que "son sale rejeton" était toujours en vie, qu'il avait toujours détesté cette femme, qu'il accusait cette liaison d'avoir tué sa mère adorée (suicidée quelques mois avant mais que ça en fait, c'était bien fait pour cette chienne) et que donc, le gosse, revenu d'entre les morts, l'avait menacé. Ou cet homme charmant torturait, tuait la belle, lui arrachait le coeur et miam miam ou il mourrait. Visiblement, il aima davantage sa propre vie que cette malheureuse… Évidemment, personne ne crut à cette version surréaliste des faits. Et avec la première guerre contre le Lord qui faisait rage, on ne chercha pas plus loin. On pensa plutôt qu'il n'avait pas supporté qu'elle aille voir ailleurs et que c'était surtout un grand malade en plein délire psychotique. C'est ce qui lui a évité le baiser du détraqueur."

"Et il s'est suicidé comment ?"

"Aucune originalité. Pendu aux barreaux de sa cellule avec son uniforme de prisonnier, deux ans plus tard, jour pour jour après le meurtre. Sans qu'on ne sache comment, quelqu'un lui avait envoyé un délicieux petit plat à la place du repas quotidien des prisonniers."

Dray sentit le dégoût revenir à grande vitesse.

"Laisse-moi deviner : un cœur à l'échalote…"

Maria sourit le plus narquoisement du monde.

"Roh, tu m'as cassé la chute, t'es pas drôle ! Mais attention, hein ! Un cœur humain !"

"Evidemment… Ça combiné à l'horreur de son crime et l'effet des détraqueurs sur son psychique pendant deux ans... Le résultat n'est pas étonnant…"

Le silence s'abattit quelques minutes entre les deux amis alors que Dray but une gorgée de café pour faire passer son écœurement. Et finalement, ce fut lui qui le brisa.

"C'est lui. L'ado. Il est toujours en vie. Et apparemment, un putain de complexe d'Œdipe contre son père. En comparaison, je n'ai pas à me plaindre du chantage qu'il m'a fait."

"Je crois aussi que c'est notre homme." confirma la brune en posant sa propre tasse après en avoir dégusté un peu de son cappuccino, sans relever la comparaison qu'elle, elle trouvait douteuse, justement.

"Mais comme je te l'ai dit, je n'ai pas réussi à remonter sa piste au-delà de ça. Seuls le cercle très fermé des mangemorts doit utiliser son vrai nom aujourd'hui."

Le New-yorker eut une pensée pour Levington et Ariane… Tiens donc… Ca expliquerait le secret que faisait Seiki sur toute cette partie là de l'histoire.

"Probable…" fut sa seule réponse. L'échange en resta là jusqu'à ce que cette fois, ce fut Maria qui reprit la parole.

"Tu voulais me montrer quelque chose, toi aussi." rappela-t-elle à l'Américain. A ces mots, ce dernier sembla embarrassé. La situation ne semblait pas lui plaire et le rendait nerveux.

"J'ai besoin de ton expertise sur un dossier qui est tombé dans mes mains par hasard… Je veux savoir ce que ça vaut."

Par hasard ou plutôt grâce à une voleuse de ses connaissances qui avait encore mis son joli museau là où il n'avait rien à y foutre. Sauf que sans savoir exactement sur quoi elle était tombée en cambriolant la baraque d'un ponte de la haute-société sorcière, un cousin au troisième degré de Malfoy la punaise en plus, son instinct lui avait dit que cela était très important. Elle avait refilé le bébé à Fox, qui eut la même conclusion que son amie en étudiant tous les documents qu'avaient chouré Parker. Mais ce n'était qu'une impression qui demandait l'avis éclairé de quelqu'un qui avait une bien meilleure connaissance de leurs méthodes, du terrain et de la guerre que lui… Une ancienne auror, membre de l'Ordre depuis une paire d'années et ayant survécu à une course poursuite de plusieurs mois avec ces ennemis par exemple…

Maria fut intriguée par la soudaine nervosité de son compagnon alors qu'elle prenait le dossier qu'il lui tendait, sorti de son sac. Elle étudia chaque document avec une attention soutenue, car plus elle en apprenait, plus elle hallucinait. Incrédule, mais étant bien obligée de se faire à l'évidence, elle fixa Fox avec intensité.

"Ce que … ça vaut ? C'est… !"

Elle en avait même du mal à parler…

"Mais c'est énorme ! Ca pourrait enfin nous donner les clés d'une victoire significative, oui !" finit-elle par s'exclamer en sifflant entre ses dents pour ne pas hausser la voix sur l'effet de la surprise et de l'excitation et rameuter tout le bar, ce qui aurait été fâcheux.

"C'est ce que je craignais…" soupira le New-yorkais qui ne partageait pas du tout l'engouement de sa camarade. Trop obnubilée par ce qu'elle venait de lire, la brune ne remarqua pas cette dissonance. Elle voulut naturellement en savoir plus.

"Comment t'as découvert ce truc, Fox ? Parce qu'ils vont vouloir le savoir, l'Ordre !"

Ca coulait de source que c'était la suite logique pour un tel coup de théâtre. Et c'était là que le problème, pour le New-yorker, se posait et provoquait sa trop grande nervosité teintée de morosité… Il y avait clairement une divergence d'opinions sur ce qu'ils devaient faire de cette révélation… Oui, il devrait normalement tout remettre à l'Ordre, dans l'ordre des choses, pour espérer retourner la situation dans cette guerre qui durait depuis trop longtemps. Sauf que voilà, Fox avait d'autres plans. Lui avait vu enfin une monnaie d'échange assez puissante pour convaincre ceux avec qui son père avait fait affaire de les lâcher pour de bon… Libérer ceux qui étaient sa famille qu'il le voulait ou non, de cette menace qui allait finir par les tuer pour de bon. On ne pouvait pas avoir de chance aussi longtemps qu'eux, fallait pas se leurrer… Et il avait promis de régler ce problème. A Dorian, à Simon mais aussi à d'autres. Ce qui s'était passé à Hyde Park ne devait jamais se reproduire. Mais comme disait Maria, c'était énorme ! Une chance unique d'affaiblir l'ennemi, et même peut-être l'emporter !, que leur camp ne pouvait pas laisser passer.

Le jeune homme récupéra le dossier sans plus un mot. Là, allait commencer une toute autre partie… Il paya l'addition et se leva rapidement sans même finir son verre. Froidement…

"Ils ne sauront rien."

Maria sursauta à cette déclaration, interloquée par ce revirement de situation alors que le dossier disparaissait à nouveau dans le sac de l'Américain.

"Comment ça, ils ne sauront rien ?!"

Elle comprit quand Dray sortit, une seconde après, sans se retourner. Non mais il se fichait d'elle ! Ce ne fut pas une surprise de voir la jeune femme se lever précipitamment, remise de sa stupéfaction et poursuivre l'Américain. Quand elle sortit du bar, elle vit son ombre passer dans une ruelle, à quelques mètres de là.

Elle eut tôt fait de le rattraper. Un sortilège en guise d'avertissement parce que la détective était persuadée que sans cela, ils allaient courir un moment…

"Fox, t'as intérêt à t'arrêter et t'expliquer !"

Le jeune homme se figea en voyant la magie passer tout près de lui et se perdre dans le vide un peu plus loin. Il se retourna pour faire face à son amie.

"Comprends-moi. J'ai besoin de ces informations ! Je dois protéger ma famille."

Maria hocha la tête vivement de droite à gauche.

"Alors c'est ça ? Ça ne marche pas comme ça, Dray. L'intérêt du plus grand nombre prime. C'est bien une de tes vertus non ?!"

Le New-yorkais baissa la tête, navré.

"Pas cette fois…"  

La détective ne l'entendit pas de cette oreille.

"Ben voyons ! Ce n'est pas quand ça t'arrange !"

"Je suis désolé…"

"Réponse incorrecte ! Il ne t'est pas venu à l'esprit que si on parvenait à utiliser ces infos, tu les sauverais du même coup ?" s'exclama la brune.

"Et si vous échouez ?" rétorqua le New-yorkais, avec autant de volonté. "Ils ont retenté le coup, tu le sais ! Et tu sais qu'on ne pourra pas vivre comme ça pendant encore très longtemps. Ce n'est plus qu'une question de temps, ça doit s'arrêter !"

"Pas au prix d'une possible paix ! Tu sais ce qu'elle m'a fait perdre moi, cette guerre ? Ce que j'ai sacrifié ?"

Voilà ce que craignait Fox. Qu'ils s'opposent sans trouver d'issue, face à face. Il porta sa main à sa baguette, alors que Black exigeait qu'il coopère.

"Donne-moi ce dossier !"

"Non."

"Fox, ne m'oblige pas à t'affronter !"

"Alors laisse-tomber !"

"Et puis quoi encore ?"

Quoi encore ? Maria eut soudain la réponse à cette question. Du moins, sans avoir le temps d'en prendre conscience….

"Dommage... Vas-y, Djen." déclara soudain l'Américain, à quelqu'un derrière l'Anglaise. Par réflexe, incrédule devant ce qui n'était autre qu'un guet-apens, la détective se retourna. Elle eut tout juste le temps de se protéger avec un bouclier pour apercevoir une silhouette tapie dans l'ombre, tout près d'elle. Mais ce fut tout. La brune tomba alors inconsciente, touchée en plein dos par un sortilège de sommeil. Dray, responsable de ce sort, baissa sa baguette dans un soupir alors que Djenesa regardait impassible la jeune femme s'écrouler à terre.

"Pardon Maria…"

"Je te l'avais dit qu'elle ne coopérait pas. Tu t'attendais à quoi d'une Auror ?"

"C'est avant tout une amie et j'avais besoin d'une confirmation qu'elle était la seule à pouvoir me donner." remarqua sombrement le New-yorkais.

"Pas besoin d'ennemi avec un ami comme toi !" ironisa la cambrioleuse en ricanant en se penchant sur Maria. Le regard assassin du dit ami montra qu'il n'apprécia pas du tout la plaisanterie.

"Bon, je suis d'avis qu'on la laisse là." remarqua finalement l'escroc sans se démonter et en faisant sans vergogne les poches de la détective.

"Ca va pas non ?! On suit le plan." répliqua froidement Fox en la laissant faire à contre-cœur. Djenesa haussa les épaules négligemment alors qu'elle encaissait les gallions de "sa victime".

"Très bien, gentleman. Je disais ça comme ça. Ca lui aurait évité une bosse. "

Dray ferma les yeux quand la cambrioleuse asséna soudain un bon coup sur la tête de l'Anglaise et lui égratigna le front au même endroit, de la pointe d'un couteau, pour plus de réalisme. Elle leva le Somnus. Maria resta dans les vappes.

"Elle habite où ?"

"Dans une rue perpendiculaire à la rue principale." répondit-il amèrement en les rouvrant.

"Alors allons-y."

Quelques bonnes minutes plus tard, Dray déposa le corps de Black sur son lit alors que Djenesa prenait congé, le fameux dossier à la main.

"A toi de faire le reste…"

"Je sais… Merci du coup de main."

"De rien. Bobby t'attend en bas."

Dray poussa un soupir et posa une compresse sur la plaie de la détective. Au bout d'une heure, il appela finalement Seiki par miroirs à double sens. Il ne lui fallut que quelques mots et l'adresse et le médicomage rappliqua rapidement. Son examen fut rapide mais complet.

"Ca va, elle a la tête dure, ta copine. Tu dis que tu l'as trouvé dans une ruelle du village ?"

Dray acquiesça en silence. Sei, après avoir soigné la petite plaie, massa la bosse avec un onguent.

"Sa bourse ?"

"Disparue avec sa montre et la bague qu'elle porte tout le temps."

"Vol…"

"Apparemment."

"Tu dois prévenir les autorités."

"Je sais, mais quand j'ai vu sa blessure, j'ai préféré ton intervention d'abord."

Tsuno hocha la tête d'un air entendu et finit ses soins.

"Ils auront besoin de mon compte-rendu." dit-il finalement en allant dans la cuisine se laver soigneusement les mains.

Fox en profita. Un sort d'oubli et il effaça les souvenirs de la soirée de la détective. Il venait de rengainer tout juste sa baguette et se dirigeait vers la cheminée pour appeler les dites autorités quand son ami revint dans la pièce principale.

Témoignages des deux garçons, rapide enquête de voisinage et Maria reprit conscience une bonne heure plus tard complètement groggy. Il fallait dire que le deuxième Somnus que Dray lui lança après le départ de Sei et des aurors, partis interroger le propriétaire de l'Epouvantard, n'aida en rien…

"Oh Merlin, ma tête ! Qu'est-ce qui s'est passé ?"

Dray quitta la fenêtre avec anxiété, lui qui venait de lever le sortilège en entendant les Aurors revenir, et s'assit sur le bord du lit alors qu'un inspecteur entrait dans la pièce.

"Et bien Black, tu t'es pris un bon coup sur la caboche. Heureusement, M. Fox t'a trouvé et ramené chez toi et le Docteur Tsuno t'a soigné."

"Salut Johnson…" grimaça la brune en se redressant avec difficulté.

"Doucement, ma belle…" remarqua l'Américain en l'aidant à la manœuvre.

"Je…"

Elle chercha dans ses souvenirs mais ne trouva qu'un grand noir. Elle fixa l'un après l'autre les deux occupants de la pièce.

"Je… ne me souviens de rien."

Fox et Johnson se regardèrent.

"Seiki nous avait averti que ça risquait d'arriver. C'est que tu étais bien sonnée."

"De quoi te souviens-tu ?"

"Que toi et moi, Dray, on avait rendez-vous. J'avais des infos à te donner par rapport à… ", un coup d'œil à Johnson, "… une de nos enquêtes."

L'Auror fixa Fox.

"Quelle enquête ? Vous ne m'en avez rien dit."

"Un concurrent coriace. Je cherchais un moyen de pression. Juste du business." mentit (encore que…) l'Américain, avec un geste dédaigneux de la main. L'homme de loi, même si visiblement, il ne semblait pas être d'accord avec ces méthodes, ne répondit rien. Le reste confirmait la déposition du New-yorker. Ce dernier donna d'avantage de détails.

"Tu me les as données. Ensuite, on s'est disputés. J'ai insisté pour que qu'on poursuive tes recherches ensemble mais tu n'étais pas d'accord. Trop dangereux."

Black fronça les sourcils. Elle se souvenait vaguement qu'en effet, le ton était monté. Mais elle ne se souvenait plus pourquoi.

"M. Seda n'a pas entendu votre conversation mais il confirme la dispute. Vous avez quasiment fait la fermeture, soudain Fox est parti précipitamment, tu l'as suivi."

"Après, c'est là que ça se corse." , continua l'Américain, "Tu ne m'as pas rattrapé. Je me suis baladé un long moment dans la campagne pour me calmer et je suis repassé par le village pour rentrer à Poudlard. Un chat errant a attiré mon attention vers la ruelle devant laquelle je passais. C'est là que je t'ai vu, une belle bosse sur le crâne. Je t'ai ramené, ai appelé Sei à la rescousse, puis tes anciens collègues."

L'Auror conclut.

"On t'a dépouillé. Et on n'a aucune empreinte, pas de témoins. Tu connais le boulot… "

Maria soupira, désappointée.

"Peu de chances qu'on remette la main dessus."

"Voilà."

La belle, dans une grimace, regarda son réveil qui affichait presque deux heures du matin.

"Combien de temps je suis restée dans les pommes ?"

"Difficile à dire. Fox et toi vous êtes séparés vers minuit. Il t'a retrouvée une heure plus tard."

Maria hocha la tête et s'écroula plus qu'elle ne se rallongea dans son lit. Fox se releva.

"Si vous avez fini, Johnson, on devrait laisser Maria se reposer."

L'Auror confirma et sortit.

"Si tu veux bien, je vais rester cette nuit, d'accord ? Je serai dans le salon si tu as besoin."

Black se contenta d'un mouvement de tête pour tout acquiescement. Mais avant que l'Américain ne suive Johnson, la détective murmura.

"Merci Dray…"

Le New-yorkais stoppa net et déglutit un instant. Mais quand il tourna la tête vers la jeune femme, il lui adressa son sourire hâbleur habituel.

"Il n'y a vraiment pas de quoi !"

Le jeune homme ne fut pas mécontent de quitter l'appartement de la brune, le lendemain matin, après que Seiki ait examiné à nouveau sa commotion et la déclara apte au service. En sortant avec le médicomage, ce dernier remarqua :

"Tu as une sale tête, Dray."

"Insomnie."

"Encore Hyde Park ?"

Fox baissa le nez, honteux. La culpabilité faisait des nœuds désagréables en lui.

"C'est ça…"

Non, ce n'était pas ça. Mais c'était crédible, une faiblesse qu'il avait honte d'avouer. Seiki marcha. Il le crut et ne creusa pas.

"Merci à toi d'être venu aussi tard, hier soir."

"Oh pas de quoi. Après tout, le serment d'Hippocrate, bla bla…"

Le New-yorker sourit devant ces mots dédaigneux, pas dupe. L'incident en resta là.

Quelques jours après, Dray demanda à son père de prendre un rendez-vous avec leurs adversaires, selon ses conditions. C'est ainsi qu'on en arriva à cette discussion entre Fox et son nouveau garde du corps.

Dray sortit de ses pensées quand il entendit Bobby Manning reprendre la parole.

"Allez, votre père nous attend. Je vous offre un café en chemin."

L'Américain acquiesça en silence. Les deux hommes transplanèrent vers la succursale de la Fox. Simon eut beau faire, il ne réussit à tirer aucune information à son fils. Dans le bureau de Dray, il alla de soi que la conversation commençait à s'envenimer. Ou plutôt que le plus âgé s'énervait tout seul…

"Alors tu veux que je sois présent, mais tu me laisses en plein brouillard ?" s'exclama finalement le sexagénaire. Dray se contenta de lui adresser un regard de marbre.

"Moins tu en sauras et mieux ça vaudra en cas d'enquête… Tu as suffisamment à faire avec le MBI aux fesses, non ?" persifla-t-il finalement. Simon serra les dents sous l'attaque.

"Ne dépasse pas les bornes." ne put s'empêcher ce dernier de répliquer avec dureté.

"Et toi, ne me menace pas !" répliqua du tac au tac son fils, sur le même ton. Les deux hommes se jaugèrent du regard, méchamment mais finalement le conflit en resta là, Simon sortit. Dray fut surpris de cette volte-face soudaine de son père qui n'était pas la première depuis sa mort déclarée. Il resta pensif jusqu'à ce que l'Australien vint le chercher en affirmant que l'Auror qui devait veiller sur son père avait été court-circuité. C'était l'heure du grand spectacle.

Comme Dray l'avait dit, l'entrevue avait lieu dans un endroit parfaitement public et mieux que ça, complètement moldu. La terrasse du Founders Arms, café donnant vue sur la City et la cathédrale St Paul, au bord de la Tamise, accueillit Dray et son père. Mais avant qu'ils n'entrent, dissimulés dans une petite rue adjacente, Bobby, en communication avec son équipe, prévint son employeur. Avec lui, une jolie asiatique et un rouquin, pur produit irlandais.

"Ils sont déjà là. Mais nos hommes sont aussi en place. Je rentre le premier, et je m'installerai à la table voisine avec Yoko à dix heures. Un vrai petit couple de touristes en amoureux. Donnez-nous cinq minutes en restant avec Jimmy."

Fox se contenta d'un très léger hochement de tête pour dire qu'il avait saisi, alors que Simon passait de l'un à l'autre, un peu impressionné devant cette organisation, il l'avouait bien volontiers. Cinq minutes après, ils entrèrent. Dray repéra aisément Manning, tenant la main de la seule femme de l'équipe de mercenaires. Et par conséquent, ceux avec qui il devait traiter… Trois hommes, en costumes sombres, étaient attablés devant des cafés à la table voisine, à l'extrémité de la terrasse vers la rive de la Tamise. Encore à bonne distance, dos à eux, Dray jeta un coup d'œil à son père qui acquiesça. C'était bien eux.  Celui qui sembla être le meneur alpagua le serveur.

"La même chose."

Ce furent trois simples mots, froids, désagréables à souhait envers le pauvre serveur mais ils eurent un effet dévastateur. Qu'ils soient ouvertement irrespectueux n'était pas foncièrement le problème. Ce qui l'était fut la réaction de Dray. Elle fut telle que Simon s'en inquiéta sincèrement. Il vit son fils se figer net et se retenir à une table pour ne pas tomber, sa main droite sur son flan. Fox senior dut même soutenir son aîné en faisant barrage entre leurs "invités" et lui, devenu plus blanc qu'un linge, le visage crispé par la douleur. Il cacha ainsi la scène à leurs ennemis, comme s'ils échangeaient des informations à la dernière minute.

"Dray, qu'est ce qui se passe ? Ce n'est pas vraiment le moment pour tourner de l'œil !" chuchota-t-il, singulièrement troublé de sentir que son rejeton allait suffisamment mal pour s'appuyer réellement sur lui, sans détour.

"C'est lui…" réussit à prononcer dans un murmure le New-yorkais, tremblant littéralement. Simon tiqua un peu plus en constatant ce fait. Quelque chose n'allait vraiment pas, Dray ne contrôlait rien.

"Lui qui, Fils ? Celui qui vient de parler ? Stephen Drake ?"

Le dit fils était dans un tel état nerveux qu'il ne releva même pas cette façon presque affectueuse et parfaitement anormale que son père venait d'utiliser pour s'adresser à lui à voix basse. Par contre, il tenta de s'expliquer.

"La voix ! Hyde Park… Le chantage… Mal…"  

Le sexagénaire comprit soudain. Son aîné avait cru reconnaître la voix de celui qui avait bien failli le tuer et cela avait déclenché une crise de panique et une douleur psychosomatique mais aiguë, là où il avait été atteint. Il ne sut pas quoi faire pour être honnête. Il ne s'était jamais occupé de lui et n'avait jamais dû à gérer en urgence une telle situation avec qui que ce soit. Il s'aperçut toutefois que Dray était si crispé qu'il ne respirait qu'à grand peine. Il devait agir sinon tout tomberait à l'eau. Avec réticence, il passa une main dans le dos de son fils et l'autre sur son épaule pour l'obliger à se redresser.

"Ca suffit, Dray. Calme-toi. Redresse-toi et inspire profondément. Reprends-toi ! Tu es parfaitement rétabli. C'est toi qui a les cartes en main à présent. Aucune faiblesse n'est permise alors fais ce qu'il faut !"

Le ton acerbe de son père, trop autoritaire, et cette satanée devise, autre mauvais souvenir du passé, suffirent à calmer Fox. Digne d'un réflexe de Pavlov. Le jeune homme tressaillit et sous ce qu'il perçut comme une nouvelle tentative d'humiliation, la colère fit son effet et chassa la panique. Sa respiration se relâcha et ses tremblements s'apaisèrent.

"Donne-moi encore un instant et ça ira."

"Parfait. Un retard serait du plus mauvais effet." répliqua Fox senior avec ironie, en reculant et en retirant ses mains, cachant ainsi sa satisfaction de voir son aîné reprendre des couleurs. Ce fut seulement là, parce qu'il s'éloignait et que lui retrouvait le contrôle, que Dray se rendit compte de la position exacte de son père, contre lui, le soutenant de manière évidente, clairement protectrice pour n'importe quel témoin. A nouveau, cela le poussa furieusement à la réflexion mais cette fois, il la repoussa. Ce n'était pas le moment…

"Tu es sûr de toi ? Drake est un homme d'affaires, comme nous. Il dirige le plan Pax Romana. Je le vois mal…"

Dray le coupa.

"Certain. S'il y a un sens qui ne peut pas me tromper, c'est l'ouïe. J'ai l'oreille trop musicale pour ça, tu le sais. Le timbre, l'accent, les intonations… C'est lui."

L'homme d'affaires le plus âgé ne répondit rien devant une telle assurance, sachant pertinemment la justesse de l'observation, alors que le masque de souffrance était encore visible sur les traits du plus jeune qui serrait les poings à s'en blanchir les phalanges. Manning, pendant ce temps là, aux premières loges pour voir ce qui se passait puisque leur faisant directement face, dut se retenir d'intervenir, bien sûr et avec difficulté pour être franc, mais il fut rassuré quand il vit les deux hommes s'approcher finalement. Le jeu allait commencer.

Ce fut Simon qui prit le premier la parole et manifesta leur présence.

"Messieurs…"

"Pour un peu et vous seriez en retard…" répliqua l'un des deux autres, appuyé nonchalamment contre la rambarde qui les séparait du fleuve alors que père et fils s'assirent.

Dray se contenta de fixer celui qui était au centre de la tablée et était responsable de la plupart de ses cauchemars depuis plusieurs semaines. Ce dernier le remarqua et soutint son regard avec neutralité. L'autre poursuivit, peu réceptif à l'affrontement silencieux.

"Votre demande d'entretien nous a étonné. Finalement, les Américains sont aussi courageux qu'ils sont arrogants."

Seul le silence répondit à cette provocation. Simon regarda son fils, le mangemort, son supérieur. Les deux ne se quittaient toujours pas du regard. Finalement, de sa sacoche, l'aventurier sortit le fameux dossier qu'il avait fait lire à Black et le fit glisser vers Drake de son nom public. Ce dernier le parcourut avec attention et se troubla singulièrement. Ce qu'il avait entre les mains, ce n'était rien d'autre que... ! Comment était-ce possible ?! Des têtes allaient tomber, c'était certain ! Peut-être même la sienne... La situation était sérieuse. Il finit par relever brutalement les yeux, intensément,  sur Dray qui ne quitta pas d'un pouce son attitude glaciale et silencieuse. Si on excepta un soudain et presque imperceptible sourire narquois… Je te tiens…

L'autre s'apprêta à lui demander des détails mais Drake leva la main, ce qui lui fit refermer aussi sec le bec. Il referma dans le même temps la chemise du dossier, coupant tout net le troisième de ces larrons dans ses efforts pour en lire le contenu.

"Vos conditions, Fox ?"

Mais qu'est-ce qu'il y avait donc dans cette chemise pour qu'ils reculent aussi facilement ?! Simon aurait payé cher pour le savoir. Dray prit son temps avant de répondre, se laissant aller en arrière avec nonchalance dans son fauteuil, croisant les bras. Cela eut un effet très désagréable sur tout le monde. Le sexagénaire regardait son fils du coin de l'œil, ne comprenant pas trop pourquoi il tardait à parler et pourquoi il paraissait soudain si détendu. Jusqu'à ce qu'il constate que leurs vis-à-vis gagnaient en nervosité… Du moins, les deux chiens de garde. L'autre se contenta de déguster son café.

"Vous le savez parfaitement, M. Benedict Strange. La chasse est terminée."

La remarque fut impersonnelle à souhait mais son effet fut singulier. Bling ! La tasse que l'homme reposait dans sa coupelle fit un bruit trop violent pour que le geste fut honnête et cache efficacement son ressenti. Celui qui s'était reposé contre la rambarde se redressa brutalement, l'autre toussa. Là, Simon comprit qu'il ne fallait surtout plus qu'il intervienne d'une façon ou d'une autre… Drake, lui, considéra sérieusement son adversaire. Décidément, ce garçon avait l'art de le prendre au dépourvu. Mais cette fois, il dut reconnaître que d'entendre ce nom avait eu sur lui un impact hautement déplaisant...

"Vous jouez à nouveau à un jeu extrêmement dangereux, M. Fox."

"Plus de menaces, Sir ! Plus de tentatives de meurtres. Vous laissez ma famille et mes amis en paix. Le contrat Pax Romana est caduc et non avenu. Si jamais il arrive quoi que ce soit à l'un de mes proches, quel qu'il soit, ou à moi-même, l'original de ce dossier, qui n'est plus au Royaume-Uni, et plusieurs copies seront envoyés aux autorités, à la presse et à ceux qui vous résistent. Vous devenez notre assurance-vie."

Drake fixa le jeune homme, imperturbable d'apparence mais certainement pas intérieurement. Echec…

"Rien que ça ? Et vous pensez sincèrement que votre père et vous avez une chance de quitter les lieux vivants ? On se fiche bien de ce que vous avez…"

Ca, c'était celui de la rambarde. Son supérieur lui fit signe sèchement de la boucler bien que ce fut trop tard.

"Vous pensez sincèrement que nous sommes venus seuls ?"

Et mat. Stephen reporta toute son attention sur le jeune Américain. Fox approfondit donc son propos.

"Soyons clairs. Si nous mourrons ici, vous aussi. Des mercenaires bien entraînés et bien payés ont ordre de vous abattre sans sommation. Et n'oubliez pas que ce dossier n'est qu'une vulgaire copie. Avouez que troubler la tranquillité des lieux serait absurde. "

Le silence reprit ses droits. Fox fixait toujours Drake avec une intensité… meurtrière. Voilà ce que qualifiait le mieux la lueur brûlante de ses yeux gris, selon son père qui en fut plutôt troublé. Il était persuadé que si son fils n'était pas qui il était, et s'il n'y avait ni la foule, ni la table, l'autre aurait passé un sale quart d'heure. Un regard qui semblait bien plaire au premier concerné puisque, cette fois, il le lui rendit bien mais lui, clairement moqueur et intéressé.

"Alors, avons-nous un accord ?" finit par demander le jeune homme d'affaires, pressé d'en finir à présent.

"Hum, pas le choix." remarqua, narquois, le mangemort.

"Il va falloir que je me trouve d'autres proies. Dommage…" poursuivit l'homme. Ces paroles glacèrent le fils Fox. Drake le vit et s'en délecta…

"On s'en va." ordonna-t-il finalement aux deux autres en prenant avec lui le dossier. Les deux Américains les regardèrent partir, avec méfiance.

"Alors… ça y est, c'est fini ?" demanda Simon, quelque peu circonspect devant une telle fuite. Dray expira profondément avant de répondre.

"Pour le moment. Tant que le contenu du dossier est valable, on peut espérer être tranquilles. Mais le service de sécurité sera maintenu malgré tout. On n'est jamais trop prudent…"

Simon acquiesça du chef mais remarqua :

"Qu'est ce qu'il y a dans le dossier ?"

Il ne fut pas étonné (mais bien frustré !) que Dray ne réponde rien à ce propos. Par contre, il le fut par ce qu'il lui dit.

"Merci pour tout à l'heure. La crise de panique..."

Le sexagénaire cligna des yeux. Ses mots furent aussi sérieux que sincères.

"Il n'y a pas de quoi."

Les deux hommes se fixèrent trop longtemps, jusqu'à ce que ce soit Simon, fait exceptionnel, qui baissât les yeux en premier. Trop fier pour l'avouer, il devait cependant reconnaître que cette fois, Dray avait toute son estime… Il avait réussi à les tirer d'un sacré guêpier. Foutue fierté. Fox senior n'avait toujours pas compris qu'elle lui coûtait cher et que la douloureuse était loin d'être payée… Les mots changeaient pourtant bien des choses… Encore un acte manqué en somme…

Dray de son côté pensa surtout qu'ils avaient eu une putain de chance que Djenesa visite la bonne maison. Cependant, de ce fait, il pensa aussi amèrement à Maria. Traiter avec le diable coûtait toujours extrêmement cher et ce n'était pas un prix qu'il avait payé avec plaisir… Enfin, à présent, ils étaient libres et allaient pouvoir avancer plus sereinement. C'était qu'il avait toujours l'Isabelle à retrouver !  


[D-kun : Merci à tous ceux qui ont accepté de jouer cette partie ! ^^ Par contre, je me suis rendu compte que vous étiez nombreux à aimer le vert ! XD *en a chié avec les codes couleur XD*]


    Toute destinée est une suite d'accidents à retardement avec le coup de grâce au bout.
    [Henri Fauconnier]
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